Politisation des Confessions Religieuses et ONG : des institutions sociales détournées de leur mission
(Quand la neutralité cède à la politique)
Les échéances électorales de 2026 approchent, et un phénomène inquiétant prend de l’ampleur au Bénin : l’implication croissante de certaines confessions religieuses et d’organisations non gouvernementales dans le jeu politique, souvent sous forme de manifestations publiques en soutien à un camp politique contre un autre. Le fait inquiète et appelle à la retenue.
À travers des prises de position publiques ou des « bénédictions » ciblées, certaines confessions religieuses ou organisations non gouvernementales, institutions sociales censées incarner la neutralité et le dialogue, brouillent dangereusement les lignes entre foi, société civile et pouvoir politique. Sous prétexte de « bénédiction », de « prières pour la victoire » ou encore d’« engagements citoyens », ces dernières qui, par le passé, incarnaient la neutralité et jouaient un rôle d’arbitre dans les moments de tension, s’alignent désormais ouvertement sur des positions partisanes. Cette dérive, au-delà de son illégitimité morale, constitue une menace grave pour l’équilibre démocratique du pays. On le sait, ces confessions religieuses, qu’elles soient chrétiennes, musulmanes ou traditionnelles, ont toujours occupé une place centrale dans la société béninoise. Leur autorité morale et spirituelle leur conférait un rôle unique : apaiser les tensions, encourager le dialogue, promouvoir la paix et rappeler aux acteurs politiques leur devoir envers la nation et ses citoyens. Elles étaient des médiateurs fiables, surtout dans les moments de crise. Aujourd’hui, certaines de ces voix jadis respectées se mettent au service d’intérêts politiques, troquant leur neutralité pour des promesses, des faveurs ou une proximité avec le pouvoir en place. Cette prise de position déséquilibre le jeu démocratique et trahit la confiance des fidèles qui attendent d’elles un rôle d’éclaireur, et non d’instrument de propagande.
Et les ONG dans tout ça ? Le constat est similaire du côté de certaines ONG, notamment celles qui, au lieu de défendre les droits humains, la transparence électorale ou l’inclusion sociale, préfèrent servir de relais ou de caisses de résonance pour des discours partisans. Quand la société civile elle-même se fragilise sous le poids de la compromission politique, qui reste-t-il pour veiller sur l’intérêt général ?
Des arbitres devenus joueurs : vers quelle démocratie allons-nous ?
En période électorale, la démocratie a besoin d’équilibre. Si les partis politiques s’affrontent, il faut des arbitres impartiaux pour rappeler à chacun les règles du jeu, garantir la transparence, apaiser les tensions et protéger le citoyen. Si ce rôle, historiquement joué par les leaders religieux ou les organisations de la société civile, est abandonné ou corrompu, qui tiendra alors la balance de la justice et de la paix sociale ? Lorsque les confessions religieuses choisissent un camp, elles renoncent à ce rôle d’arbitre. Et ce faisant, elles fragilisent encore plus un climat déjà tendu, attisent la polarisation, et légitiment les dérives de pouvoir.
Il est urgent que les leaders religieux et les responsables d’ONG prennent conscience de la gravité de la situation. Leur force ne réside pas dans leur proximité avec le pouvoir, mais dans leur capacité à dire la vérité, à interpeller avec courage et à défendre la République au-dessus de toute appartenance politique. Le peuple béninois, attaché à la démocratie, à la paix et à la justice, attend de ses institutions sociales un sursaut d’éthique et de responsabilité. L’histoire se souviendra de ceux qui, dans les moments critiques, auront choisi la vérité au lieu de l’intérêt, la paix au lieu de la division, et la République au lieu du pouvoir.
Source : Décryptage info
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