Lancement du 4ᵉ Forum des médias du REMAPSEN : un appel renforcé pour l’élimination des MTN en Afrique
Le Réseau des médias africains pour la promotion de la santé et de l’environnement (REMAPSEN) a lancé, le 25 novembre 2025, en mode virtuel, la 4ᵉ édition de son Forum des médias. Cette rencontre marque l’ouverture d’un processus qui se poursuivra à Cotonou les 29 et 30 janvier 2026, à la faveur de la Journée mondiale de lutte contre les Maladies tropicales négligées (MTN), autour du thème : « De la négligence à la mise en lumière : faire avancer l’agenda africain pour l’élimination des MTN ».
Bamba Youssouf, Président du Remapsen
En ouvrant les travaux, le président du réseau, Bamba Youssouf, a rappelé la prise de conscience croissante du rôle des journalistes. « La communauté des médias a pris conscience de son rôle dans la promotion de la santé et de l’environnement », a-t-il déclaré. Selon lui, les MTN constituent « un fardeau pour les millions de personnes en Afrique entravant leur bien-être et leur développement socio-économique ». Il a insisté sur la nécessité d’une mobilisation collective : « Il est donc impératif que tous les secteurs de la société se mobilisent pour lutter contre ces maladies qui affectent les populations les plus vulnérables ». Le président du Remapsen a également rappelé les actions menées par le réseau : webinaires thématiques, rencontres périodiques entre experts et journalistes, Awards dotés des prix Michel Sidibé, ainsi que la création du Forum des médias en 2022, désormais à sa 4ᵉ édition. L’objectif à en croire le président est de réduire le fossé informationnel et de renforcer la capacité des médias africains à porter les enjeux sanitaires et environnementaux au premier plan.
Le lancement a réuni plusieurs acteurs majeurs, dont des experts de Speak Up Africa, le Dr Konan, représentant résident de l’OMS au Bénin, et la présidente de l’Association Galien Afrique, Pr Awa Marie Coll Seck. Pour cette dernière, le poids des MTN demeure largement sous-estimé. Elle rappelle qu’elles touchent en Afrique « plus de 600 millions de personnes, soit 40 % du fardeau mondial ». Selon elle, ces pathologies sévissent dans « les communautés les plus pauvres et les plus isolées ». Elles ne constituent pas uniquement un défi sanitaire, mais aussi « des enjeux de développement, de justice et de souveraineté », déplore Awa Marie Coll Seck.
Pr Awa Marie Coll Seck
La rencontre a également mis en avant le vécu des communautés affectées. Yaye Sophiétou Diop, directrice du partenariat de Speak Up Africa, a partagé les histoires de deux jeunes filles. « Touchée par le trachome, Mansoura m’avait confié avec une douceur désarmante que son seul souhait était de pouvoir ouvrir les yeux le matin sans douleur. » Quant à Fatima, qui souffrait d’éléphantiasis, elle confiait « que ce n’était pas la maladie en elle-même qui la faisait souffrir, mais le regard des autres ». Selon elle, ces récits montrent que « les MTN ne sont pas des maladies du passé : elles frappent encore et toujours les plus vulnérables, les plus éloignés et les plus oubliés ».
Yaye Sophiétou Diop
S’appuyant sur son expérience médicale et politique, le Pr Seck a rappelé la souffrance évitable causée par ces maladies. « En tant qu’infectiologue, j’ai pris en charge de nombreux patients atteints d’onchocercose, de schistosomiase, de filariose ou de dracunculose. J’ai vu la souffrance évitable, la stigmatisation, les familles perdant leurs revenus et les opportunités brisées pour les jeunes. » Elle évoque aussi « une jeune femme atteinte de filariose lymphatique génitale », venue « pour retrouver sa dignité », ou encore « des garçons marqués par la schistosomiase, dont la croissance, les études et parfois l’avenir étaient compromis ».
Toutefois, elle n’a pas manqué de saluer les succès enregistrés dans plusieurs pays africains : la dracunculose réduite à moins de vingt cas dans le monde, l’élimination du trachome comme problème de santé publique au Sénégal, Ghana, Togo et Malawi, l’élimination de la filariose lymphatique au Togo et la certification du Niger comme premier pays africain à avoir éliminé l’onchocercose. « Ces victoires montrent ce que nous pouvons accomplir avec détermination et coordination : un acte de souveraineté qui met fin aux maladies tropicales négligées », a-t-elle souligné avec satisfaction.
Mais les défis demeurent : « la faible visibilité politique, la baisse des financements après le retrait des bailleurs », l’insuffisance de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène, la fragilité des chaînes d’approvisionnement et le manque de données fiables pour orienter les interventions.
La phase finale du forum aboutira à un plan d’action dont la mise en œuvre se fera dans les 43 pays membres. Le rendez-vous est désormais pris à Cotonou les 29 et 30 janvier 2026, dans le cadre de la Journée mondiale de lutte contre les MTN, pour poursuivre et clôturer cette 4ᵉ édition du Forum des médias du Remapsen.
Abbas TITILOLA
benin-news.bj, l’information autrement.
