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Bénin : une semaine après le coup d’État déjoué, bilan et perspectives

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Dimanche 14 décembre 2025. Une semaine après le coup d’État déjoué du 7 décembre, le Bénin tente de refermer une parenthèse politique et sécuritaire d’une rare intensité, dont les conséquences continuent de se faire sentir. Ce jour-là, un commando de soldats dissidents a mené des attaques coordonnées sur plusieurs points sensibles de Cotonou, notamment la station de télévision publique (Bénin Tv), le camp militaire de Togbin et des résidences de hauts responsables, avant d’apparaître à l’antenne pour annoncer la « destitution » du président Patrice Talon et la dissolution des institutions. Peu après, le gouvernement et des unités loyales ont déclaré avoir repris le contrôle et « neutralisé » la mutinerie. Arrestations, procédures judiciaires et décisions politiques structurent, sept jours plus tard, un bilan toujours en évolution.

La rébellion a été menée par un groupe qui s’est proclamé le « Comité militaire pour la refondation », sous la direction du lieutenant-colonel Pascal Tigri, ancien responsable de certaines unités de la garde présidentielle et engagé dans des opérations militaires dans le nord du pays. Les mutins ont d’abord tenté d’enlever ou d’attaquer plusieurs chefs militaires, dont le directeur du cabinet militaire du chef de l’État, avant que des combats n’éclatent autour du palais présidentiel et de sites stratégiques de la capitale..

La riposte des forces de défense et de sécurité restées loyales à la République a été rapide et décisive. En quelques heures, les principaux axes ont été sécurisés, les sites occupés repris et la diffusion du message des putschistes interrompue. Peu après, le gouvernement a annoncé avoir repris le contrôle de la situation et « neutralisé » la mutinerie, confirmant que le coup d’État avait été déjoué.

Les affrontements ont néanmoins fait des victimes. Des morts et blessés ont été enregistrés au cours de cette attaque. Parmi les décès confirmés figure celui de l’épouse du général Bertin Bada, (Berthe Bada) tuée dans des circonstances liées aux événements. Ce drame a profondément marqué l’opinion publique et montré à quel point le coup de force avorté était brutal.

Intervention et appui extérieur

Face à la gravité de la situation, le gouvernement béninois a sollicité l’appui de partenaires régionaux. Le Nigeria a dépêché des moyens y compris des frappes aériennes ciblées signalées contre le camp de Togbin et des troupes de la force de la CEDEAO ont été placées en alerte ou déployées pour soutenir le rétablissement de l’ordre. La France a reconnu avoir fourni un appui logistique et du renseignement pour aider à contrer l’insurrection, selon l’Élysée. Ces interventions ont contribué à la remise sous contrôle des sites attaqués.

Au soir du dimanche, le président de la République Patrice Talon s’est adressé à la Nation. Dans une allocution solennelle, il a salué la loyauté et le professionnalisme des forces armées, tout en affirmant que la République avait résisté à une tentative grave de déstabilisation. Il a promis que tous les auteurs, complices et soutiens du putsch seraient identifiés et traduits devant la justice.

Lundi 8 décembre 2025, au lendemain du putsch avorté, les autorités ont poursuivi le rétablissement complet de l’ordre et la sécurisation des sites stratégiques. Le Chef d’État-Major de l’Armée de Terre, le Général Abou Issa, et le Chef d’État-Major de la Garde Nationale, le Général Faïzou Gomina, qui avaient été temporairement retenus par les mutins, ont été libérés. Cette libération a marqué un retour au calme et la consolidation du contrôle des forces loyales sur la capitale. Un Conseil extraordinaire des ministres s’est tenu le même jour. Le gouvernement y a acté une série de mesures sécuritaires et judiciaires, traduisant la volonté de refermer toute brèche institutionnelle. Il a été décidé de renforcer durablement le dispositif sécuritaire et d’engager des poursuites sans concession contre toute personne impliquée, directement ou indirectement, dans les événements.

Réactions nationales et internationales

La tentative de coup d’État a été largement condamnée : la CEDEAO, l’Union africaine, l’ONU et de nombreux États ont exprimé leur soutien au gouvernement constitutionnel et appelé au calme. Au plan national, responsables politiques, partis d’opposition et une grande partie de la société civile ont salué l’action des forces loyales et appelé à la retenue. Par ailleurs, des voix critiques ont profité de l’événement pour dénoncer des dérives politiques antérieures et interroger l’état de la démocratie dans le pays, alimentant un débat public déjà vif depuis la récente réforme constitutionnelle.

Enquêtes, arrestations et mandats d’arrêt

Hormis les arrestations du dimanche 7 décembre à savoir une douzaine de personnes parmi les assaillants, selon les informations officielles, la ligne de fermeté affichée par les autorités béninoises s’est concrétisée dans les jours suivants par plusieurs nouvelles interpellations. Une jeune femme de 21 ans (Florence Kingbo) a été arrêtée pour avoir fait publiquement l’apologie du coup d’État et tenu des propos injurieux à l’endroit du chef de l’État sur le réseau social Tiktok.. Dans le même contexte, le policier Landry Bignon Delcoz Kindjanhoundé a été interpellé le mardi 9 décembre après la diffusion sur les réseaux sociaux d’une vidéo controversée dans laquelle il lançait un ultimatum de 24 heures au chef de l’État pour quitter le pouvoir. Son arrestation s’inscrit dans la volonté affichée des autorités de sanctionner toute prise de parole assimilée à une apologie du coup de force ou à une incitation à la rébellion. Le vendredi 13 décembre, l’opposant politique Candide Azannaï a été arrêté dans le cadre des enquêtes. Actuellement en garde à vue, il est poursuivi pour complot contre l’autorité de l’État et incitation à la rébellion.

Par ailleurs, des mandats d’arrêt internationaux ont été émis contre Kèmi Seba et Sabi Korogoné, que les autorités soupçonnent d’implication ou de soutien actif à l’entreprise de déstabilisation. Le principal chef militaire du putsch avorté, le lieutenant-colonel Pascal Tigri, reste quant à lui introuvable. Selon plusieurs sources concordantes, il se serait réfugié dans un pays voisin, tandis que les démarches en vue de son arrestation se poursuivent.

Le porte-parole du gouvernement a, de son côté, averti que toute apologie du coup d’État, toute incitation à la violence ou toute atteinte à la dignité des institutions ferait l’objet de poursuites systématiques. Une mise en garde qui illustre la volonté des autorités de contrôler strictement les suites politiques et médiatiques de la crise.

Une semaine après le putsch avorté, les institutions tiennent, mais le climat politique s’est nettement durci. Le pays reste sous haute vigilance sécuritaire, tandis que les procédures judiciaires engagées continuent de susciter débats et interrogations, notamment à l’approche des élections générales de 2026. Plusieurs têtes pourraient tomber dans les jours à venir, et certains acteurs risquent de choisir l’exil pour échapper aux poursuites.

Abbas T.

benin-news.bj, l’information autrement.

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