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Ce que vous ne saviez peut-être pas : l’Affaire Taïgla

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L’un des événements criminels les plus marquants du Dahomey (actuel Bénin) dans les années 1970.

Au cœur de cette affaire se trouvait le couple André Léon Taïgla, lieutenant des Douanes, et son épouse Thérèse Hountondji. Ils vivaient à la cité douanière de Ganhi, une résidence de fonction située sur l’actuel domaine du Service d’intervention rapide des Douanes du Littoral/Atlantique, à côté de l’hôtel Azalaï de Cotonou.
Un foyer miné par les conflits conjugaux, alimentés par les infidélités répétées du mari.

Convaincue que son époux la délaissait et déterminée à hériter seule de ses biens, Thérèse tenta d’abord de le faire disparaître par des moyens mystiques (gris-gris). N’y parvenant pas, elle se résolut à chercher un tueur à gages.

En juin 1969, elle rencontre Christophe Babagbéto, un chauffeur au chômage vivant à Godomey, à une dizaine de kilomètres de Cotonou. À force de le fréquenter, elle entame avec lui une relation intime. Rongée par le désir de vengeance et d’appropriation, elle lui confie la mission de recruter des tueurs à gages.

Quatre hommes sont ainsi engagés. Thérèse leur promet 1 000 francs CFA chacun et un litre de sodabi. Une première tentative d’assassinat échoue, mais elle ne renonce pas.

Le 13 janvier 1970, elle revient à la charge, augmente la récompense à 8 000 francs CFA, et presse ses hommes de main d’en finir.

Dans la nuit du 16 au 17 janvier 1970, alors qu’André Taïgla rentre chez lui, les complices passent à l’acte. Dans le salon, Babagbéto tire sur lui avec un pistolet artisanal acheté à Cana par Thérèse quelques jours plus tôt. Le douanier esquive la balle, mais reçoit aussitôt un violent coup de machette à la nuque, porté par Nouatin Agbessi dit Sodabi. Les autres complices, rejoints par Thérèse, l’attaquent à coups de couteau et de gourdin.

Avant l’assaut, Thérèse avait pris soin d’enfermer leur fille Clarisse, 13 ans, dans la cuisine, et d’attacher le chien de la maison.

Lorsque vient le moment de se débarrasser du corps, les assassins glissent la dépouille dans un sac de jute, avec l’intention de la jeter dans l’océan Atlantique. Mais le chien, sentant le drame, parvient à se libérer et poursuit les malfaiteurs, qui s’enfuient précipitamment.

Seule face au corps de son mari, Thérèse appelle la police et prétend avoir découvert le cadavre en rentrant du cinéma.

Étant donné le statut du défunt, le Commissariat central de Cotonou, dirigé par le Commissaire Pascal Tchiakpè, se rend immédiatement sur les lieux. Les premiers indices intriguent : les versions ne concordent pas. La police auditionne Clarisse, que sa mère a finalement libérée. L’enfant affirme ne rien savoir des circonstances du drame, mais précise que sa mère l’avait enfermée dans la cuisine avant la découverte du corps.

Le 24 janvier 1970, lors d’une rafle nocturne à Placodji, quartier voisin de la résidence du couple, plusieurs délinquants et prostituées sont arrêtés. Le lendemain matin, l’une d’elles reconnaît Thérèse et déclare l’avoir souvent vue se disputer violemment avec son mari.

Le Commissaire Tchiakpè pose alors une question décisive :
« Quel est le titre du film que vous êtes allée voir au cinéma Vog le soir de la mort de votre époux ? »
Thérèse est incapable de répondre.
Le mensonge s’effondre. Acculée, elle finit par avouer et livre les noms de ses complices.

Tous sont arrêtés en moins d’une semaine, sauf Babagbéto, réfugié dans la zone marécageuse et touffue d’Agla (actuel emplacement de la pâtisserie Pantagruel) en face du Stade de l’Amitié Général Mathieu Kérékou de Kouhounou. Grâce à une embuscade montée avec l’aide de son neveu, la police finit par le capturer.

Le procès devait s’ouvrir le 3 février 1970. Mais le Dahomey traverse une période d’instabilité politique. Le Directoire militaire, dirigé par le Lieutenant-Colonel Paul-Émile de Souza, redoute que l’affaire ne provoque une agitation populaire incontrôlable.

À l’aube du 3 février, avant même l’arrivée de l’avocat sénégalais venu défendre les accusés, la décision tombe :
Thérèse Hountondji, Christophe Babagbéto, Pierre Dossou Tokpo, Ahotin Zounlenchou et Nouatin Agbessi dit Sodabi sont exécutés derrière l’aéroport de Cotonou, sur le site correspondant aujourd’hui à l’hypermarché Erevan et à Dream Beach.

Cette exécution publique se voulait un message fort, illustrant la fermeté du gouvernement face à la criminalité.

Le grand parolier Yédénou Adjahoui d’Avrankou consacrera plus tard une chanson à cette affaire, contribuant à en ancrer la mémoire dans l’histoire populaire.

Source : externe

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