En 2016, au moment de prendre les commandes du Bénin, Patrice Talon lançait une promesse forte, presque provocatrice : « Nous allons restaurer l’autorité de l’État. » Presque dix ans plus tard, à quelques mois seulement de la fin de ses deux mandats, une évidence s’impose : le pari a été tenu.
Car il faut avoir l’honnêteté intellectuelle de rappeler d’où venait le pays. Lorsque Patrice Talon héritait du pouvoir, l’autorité de l’État était affaiblie, souvent bafouée, parfois même ridiculisée. Son prédécesseur, exaspéré par les désordres incessants, rappelait alors une expression devenue célèbre dans le débat politique : « Le pouvoir est un boubou blanc : une fois taché, la tache reste, et quelqu’un d’autre viendra le porter. » Autrement dit, les erreurs, les dérives et le laxisme laissent des traces durables. Talon l’a compris. Il a décidé de laver le boubou, quitte à frotter fort.
Aujourd’hui, les résultats sont là et s’imposent d’eux-mêmes. L’époque de l’État spectateur a pris fin. Les « indéboulonnables » d’hier ont été déboulonnés. Ces acteurs politiques qui se comportaient comme des seigneurs locaux, capables de mobiliser la rue au moindre caprice, ont été remis à leur place. Ceux qui se croyaient maîtres de Cotonou, intouchables parce que puissants ou populaires, ont été rappelés à la réalité de la loi. Certains ont été politiquement neutralisés, d’autres ont découvert les rigueurs de la prison, tandis que quelques-uns ont pris le chemin de l’exil. L’État a repris ses droits.
La rue n’est plus le centre du pouvoir
Sous l’ancien régime, la rue dictait souvent l’agenda politique. Grèves à répétition, sit-in permanents, pressions syndicales incessantes : gouverner relevait parfois du bras de fer quotidien. Avec Talon, les données ont changé : l’État gouverne, la rue ne commande plus. Les syndicats ont été contenus. Les enseignants et agents de santé ont compris que les mouvements d’humeur ne pouvaient plus servir d’instrument de chantage politique. La discipline est redevenue une valeur centrale.
Fin de l’impunité ostentatoire
Il fut un temps où certains se tapaient la poitrine en public : « Je suis untel », « j’ai tel parent haut placé ». Cette époque aussi est révolue. Aujourd’hui, plus personne ne se sent totalement à l’abri pour corrompre ou se croire intouchable. Même des proches du pouvoir ont payé le prix de leurs excès. Patrice Talon n’a pas épargné ses amis d’hier lorsqu’ils ont cru que tout leur était permis.
Autrefois, n’importe qui pouvait insulter le chef de l’État, parfois même sur des plateaux de télévision, sans être inquiété. Aujourd’hui, cela appartient au passé, au calendrier grec. Désormais, quand on prononce le nom Talon, « ça tremble ». Le pouvoir a retrouvé sa verticalité.
L’autorité aussi par le béton
La restauration de l’autorité de l’État ne s’est pas faite seulement par la fermeté, mais aussi par l’action visible. Des zones de Cotonou, longtemps considérées comme irrécupérables, ont été asphaltées. Des bas-fonds où même nos arrière-petits-enfants n’auraient jamais imaginé voir une route sont devenus praticables. Agla, comme bien d’autres quartiers, a changé de visage. L’État est redevenu visible, concret, présent.
Oui, la fermeté de Patrice Talon dérange. Oui, elle divise. Mais une réalité demeure : aucun développement sérieux ne peut se faire sans discipline, sans autorité, sans État fort.
Alors que s’ouvre la dernière ligne droite de son second mandat, Patrice Talon laisse un pays plus ordonné, plus discipliné, plus structuré. Car si le pouvoir est un boubou blanc, alors Patrice Talon aura au moins essayé de le rendre présentable avant de le transmettre.
Abbas T.
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