Il y a quelque chose de profondément troublant dans la récente décision de la Confédération africaine de football. Pas seulement pour le trophée attribué. Pas seulement pour l’équipe lésée. Mais pour ce que cela dit, en profondeur, de l’évolution du football africain. Car au fond, une ligne rouge semble avoir été franchie.
Un match s’est joué. Jusqu’au bout. Sous l’autorité d’un arbitre. Devant des millions de spectateurs. Un vainqueur est sorti du terrain. Et pourtant, deux mois plus tard, tout cela ne suffirait plus.
Désormais, il faudrait attendre.
Attendre les commissions.
Attendre les recours.
Attendre les décisions administratives.
Autrement dit, attendre les bureaux, les instances décisionnelles.
Ce précédent est lourd de sens. Il installe une idée aussi simple que dangereuse : un match n’est plus définitivement terminé au coup de sifflet final. Il devient provisoire. Contestable. Révisable.
Et si le coup de sifflet final ne scelle plus rien, alors le football change de nature.
Car une question s’impose : à quoi sert encore le terrain, si son verdict peut être annulé à distance, dans le silence des instances ?
Si une équipe peut perdre sur la pelouse et gagner après coup, si un trophée peut changer de mains bien après la célébration, alors le football bascule dans une zone grise, faite d’incertitudes et de soupçons.
Le problème n’est pas l’existence des règles. Elles sont nécessaires. Elles protègent le jeu. Mais encore faut-il savoir quand et comment les appliquer. Entre corriger une irrégularité et réécrire l’issue d’une finale, la frontière est mince et ici, elle semble avoir été franchie.
En laissant un match aller à son terme sans décision immédiate, puis en revenant dessus deux mois plus tard, l’instance dirigeante envoie un signal troublant : la vérité du terrain ne suffit plus. Et dans un contexte déjà chargé de tensions, cette décision ne fait qu’élargir le fossé entre institutions et acteurs du jeu.
Le football vit d’émotions instantanées, de verdicts clairs, de justice immédiate. Pas de décisions différées qui viennent reconfigurer le passé. Ce qui est en jeu aujourd’hui dépasse largement un trophée.
C’est la certitude que le match se joue sur le terrain et nulle part ailleurs qui vacille.
Et lorsque cette certitude disparaît, ce n’est pas seulement un résultat qui devient discutable.
A.A.T
benin-news.bj, l’information autrement.
