Intégration régionale et facilitation du commerce sur le Corridor Abidjan–Lagos : les blocages qui freinent les échanges au coeur d’un atelier à Cotonou
Réunis à Cotonou du 24 au 25 Mars 2026 les acteurs du transport et du commerce ouest-africains ont planché sur la validation d’un rapport révélateur des lourdeurs persistantes le long du corridor Abidjan–Lagos. Entre délais excessifs, barrages routiers et paiements informels, l’urgence d’agir s’impose pour redynamiser cet axe stratégique.
Dieudonné SODABI
Dans les salles du Bénin Royal Hôtel, experts, autorités publiques et partenaires techniques se penchent sur un enjeu crucial pour l’économie ouest-africaine. Il s’agit de la fluidité du corridor Abidjan–Lagos. Organisé par Organisation du Corridor Abidjan–Lagos, l’atelier régional de validation du rapport de collecte des données sur la facilitation du commerce et du transport s’est tenu sur deux jours, avec pour ambition de transformer des constats préoccupants en solutions concrètes.
Au cœur des discussions, des chiffres qui parlent d’eux-mêmes. L’étude menée en novembre 2025 sur dix postes frontaliers, auprès de près de 1 900 camions et 845 usagers, met en lumière des délais de traversée oscillant entre deux heures et… quarante-sept heures. À cela s’ajoutent environ 41 barrages routiers recensés et une réalité persistante : 74 % des usagers, pourtant en règle, déclarent avoir effectué des paiements informels. Autant d’entraves qui plombent la compétitivité de cet axe vital.
Dans son allocution, la représentante d la mission de la CEDEAO Communauté, Linda Darate a rappelé la portée stratégique du corridor. Il s’agit pour elle, d’une véritable épine dorsale économique de la région. « Il concentre près de 75 % du PIB ouest-africain et dessert environ 300 millions d’habitants », a-t-elle souligné, insistant sur son rôle central dans la Vision 2050 de l’organisation régionale. Mais derrière ce potentiel, les défis structurels restent tenaces. Au nombre de ceux-ci, figurent, les lenteurs administratives, multiplicité des contrôles et pratiques anormales continuent de freiner la libre circulation.
Même constat du côté de la Secrétaire exécutive de l’OCAL, Hortense Mè, qui a appelé à un sursaut collectif. Si les États affichent leur volonté politique, notamment à travers les engagements des chefs d’État de la CEDEAO, la réalité du terrain impose d’aller plus loin. « Les délais aux frontières demeurent anormalement longs, les coûts de transit élevés et certaines infrastructures restent à améliorer », a-t-elle relevé, saluant toutefois les avancées enregistrées à certains postes frontaliers comme Kraké.
Pour le directeur des transports terrestres et aériens, Joseph Ahissou, cet atelier dépasse la simple validation d’un rapport. Il s’agit d’un moment charnière pour « harmoniser la compréhension des indicateurs, identifier des solutions concrètes et définir une feuille de route opérationnelle ». L’ambition est claire : instaurer un mécanisme permanent de collecte et d’analyse des données, capable d’éclairer les décisions publiques et de suivre, dans la durée, les performances du corridor.
Parmi les pistes évoquées figurent la digitalisation des procédures, la réduction des barrages routiers, une meilleure coordination des services aux frontières et le renforcement des mécanismes de transparence. L’OCAL mise également sur l’innovation, avec la mise en place d’une plateforme numérique sécurisée permettant de signaler anonymement les pratiques anormales. Soutenu par plusieurs partenaires internationaux, dont la Banque mondiale et l’Union européenne, cet effort collectif, faut-il le rappeler, vise un objectif partagé qui est de réduire les coûts logistiques, fluidifier les échanges et renforcer la compétitivité régionale.
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