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Putsch avorté au Bénin : 5 ans de prison ferme requis contre un journaliste et un policier

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Poursuivis pour des faits liés à la tentative de coup d’État du 7 décembre 2025, un journaliste et un fonctionnaire de police ont comparu, mardi 3 février 2026, devant la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET). Le ministère public a requis contre chacun d’eux une peine de cinq ans d’emprisonnement ferme assortie d’une amende d’un million de francs CFA.

Les deux prévenus sont accusés d’apologie de crime contre la sûreté de l’État, d’incitation à la haine par voie électronique et d’incitation à la rébellion, pour des publications faites sur les réseaux sociaux dans les heures ayant suivi l’annonce du putsch manqué contre le président Patrice Talon.

Le journaliste invoque la peur et nie toute intention de soutien

En poste dans un organe de presse basé à Porto-Novo, le journaliste poursuivi est soupçonné d’avoir diffusé un texte annonçant la prise du pouvoir par les militaires impliqués dans la tentative de renversement du régime. À la barre, il a reconnu être l’auteur de publications le jour des faits, tout en contestant fermement toute volonté de soutenir les putschistes.

Selon ses déclarations, rapportées par Banouto, ses écrits auraient été motivés par un climat de peur né d’une menace reçue quelques jours plus tôt. Le vendredi 5 décembre 2025, alors qu’il s’arrêtait dans une station-service pour s’approvisionner en carburant, un individu l’aurait abordé avant de lui lancer une phrase qu’il a interprétée comme une menace voilée. « Il m’a dit que si le pays devait être nettoyé, c’est par moi qu’on allait commencer », a-t-il rapporté devant la Cour.

Le journaliste affirme avoir minimisé cet incident sur le moment. Mais en découvrant, deux jours plus tard, les images des militaires à la télévision nationale, ce souvenir serait remonté à la surface. Craignant pour sa sécurité et celle de sa famille, il dit avoir relayé la déclaration des putschistes, avant de publier quelques heures plus tard un autre texte portant sur la réaction du ministre de l’Intérieur. « Si j’avais voulu soutenir les auteurs du coup, je ne serais pas revenu relayer la communication officielle du gouvernement », a-t-il soutenu, en produisant sa carte de presse délivrée par la HAAC et en sollicitant la clémence de la juridiction.

Interrogé par le ministère public sur l’absence de plainte après les menaces reçues, le journaliste a expliqué qu’il n’en était pas à sa première intimidation. « Tout ce que nous écrivons ne fait pas toujours l’unanimité », a-t-il déclaré, estimant qu’un journaliste ne peut saisir la police à chaque menace.

Le parquet reste inflexible

Pour la représentante du ministère public, ces explications ne suffisent pas. Elle estime que le prévenu s’est laissé entraîner dans un positionnement ambigu au gré des circonstances. Relevant l’absence de plainte et la nature des publications diffusées, la magistrate a demandé à la Cour de retenir le journaliste dans les liens des infractions poursuivies et de le condamner à cinq ans de prison ferme ainsi qu’à un million de francs CFA d’amende.

Un policier jugé pour un message WhatsApp controversé

Le second prévenu est un agent de police en service à la Direction de la police judiciaire (DPJ). Il lui est reproché un message publié dans un groupe WhatsApp, message dans lequel il écrivait notamment : « Si vous réussissez, on va vous applaudir ; si vous échouez, ce sont les mêmes qui vont vous condamner ». À la barre, le policier a reconnu être l’auteur du message, tout en rejetant toute accusation de soutien aux putschistes. Il a expliqué avoir voulu calmer les débats et dissuader les échanges houleux qui animaient le groupe ce soir-là.
Mais là encore, le ministère public n’a pas été convaincu. La magistrate a souligné que, compte tenu de sa fonction et de sa connaissance des textes, le prévenu aurait dû s’abstenir de toute prise de position, même indirecte. Elle a jugé préoccupant qu’un officier de police judiciaire se livre à ce type de publication dans un contexte aussi sensible.

Le parquet a ainsi requis contre lui la même peine : cinq ans d’emprisonnement ferme et un million de francs CFA d’amende.

Verdict attendu en mars

Après les réquisitions, le policier a, à son tour, demandé la clémence de la Cour. Le délibéré est attendu pour le 24 mars 2026.

Pour rappel, dans ce même dossier lié à la tentative de coup d’État avortée, quatre autres personnes ont également été traduites devant la CRIET. Parmi elles figurent un ingénieur en câblage, un technicien vétérinaire et un élu local de la ville de Parakou, rapporte Banouto.

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